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Nal, une histoire pas exemplaire mais...
A mon tour de prendre la plume virtuelle... avec appréhension car mon histoire est loin d'etre une histoire modèle, et je me suis sentie bien seule avec ça parfois... je prends le risque de la partager aujourd'hui, en esperant dire ainsi à ceux qui vivent ce genre de galère avec leur chien que non ils ne sont pas forcément de mauvais maitres, et qu'ils ne sont pas les seuls dans ce cas... merci à ceux qui auront la patience de lire jusqu'au bout.
- Avant propos...
C'est de Nal que je veux parler, mais il me faut d'abord présenter la maitresse et le contexte... j'ai toujours adoré les animaux. Chevaux, chats, chiens, oiseaus, poissons, et toute bestiole qui passait. Je décortiquais toutes les émissions télés, les revues, scotchait les animaux des gens chez qui on m'emmenait, m'occupait de ceux des voisins qui partaient en vacance, et ai eu la chance de pratiquer pas mal l'équitation... J'ai longtemps rêvé de partir en randonnée à cheval avec mon chien à mes cotés...
A force d'obstination, j'ai fini par faire entrer des rongeurs à la maison, plus tard un chat, qui me suit dans mes déménagements d'étudiante. Puis me voila salariée, dans un vaste appartement. Et si le cheval n'est pas (encore) à l'ordre du jour, le chien si... Je sonde mon entourage pour m'assurer d'avoir quelqu'un pour le garder temporairement en cas de besoin. Je calcule si j'ai le temps de le sortir suffisamment. Je vérifie mon budget. Je me renseigne sur la compatibilité chien/chat et chien/appart, d'autant plus que j'ai peu d'affinités pour les races "minis". J'aime particulièrement le type berger... Par ailleurs, j'ai le souvenir d'amis ou de famille qui ont toujours eu des chiens de la SPA. Peut-être y aura-t-il celui qu'il me faut?
- la SPA
Apres plusieurs mois de réflexion, je franchi donc le pas, et arrive à la SPA à la fin du mois de juin. Les vacances approchent, j'aurais ainsi du temps pour toi, mon futur chien. Je précise bien ma situation (appartement, premier chien, chats déjà présents...) et m'en remet aux compétences du personnel pour m'aider à trouver mon (et son) bonheur. Je ne suis pas accueillie, je suis scannée, examinée avec méfiance. Je comprends ces précautions mais le contact est rude tout de même... Male ou femelle? Ah naïve... "n'importe" dis-je. Pas un gros, un petit ou moyen, pas plus à cause de l'appartement. D'accord, c'est plus sage. Je n'ai pas le temps de poser de questions, j'ai répondu à celles de la SPA, cela leur suffit. La visite commence. Tant de regards, tant d'appels... On aimerait tous les sortir de la...
Au second passage devant les cages, une paire d'oreilles rousses se dresse, tout au fond. "On dirait un renard" dit l'amie qui m'accompagne et me conseille. Peut-on le voir? "Oui mais vous ne rentrez pas, vous n'êtes pas assurée. Et on ne le sort pas, sinon en le remettant dans la cage il se fait attaquer par les autres chiens". Ah. On voit de loin quoi. Comment en savoir plus sur toi alors?! Je pose des questions sur ton comportement mais personne ne peut me renseigner. Tu es là depuis le 1er avril, male de 15 mois, amené par la fourriere, tu es sociable et non dominant (déduction faite par la personne qui me guide car tu es parqué dans ces "cours" qui accueillent plusieurs chiens à la fois...), et tu es croisé berger donc tu te dresseras bien (suppose cette même personne). Bien. Non dominant et qui s'éduque facilement, c'est ce qu'il me faut pour débuter. Ce sera donc toi, le petit renard. On nous éloigne, et tu es sorti de ta cage, complètement sur-excité. Normal, tu n'as pas été promené depuis 3 semaines me dit-on. Sans parler des 3 mois que tu viens de passer ici. Bien, pas la peine que je prenne peur. Moi aussi à ta place je sauterais de joie en sortant d'ici. Je signe le fameux contrat (pas le droit de te donner sans l'accord écrit de la SPA, visite de surveillance dans un mois ou 2, etc etc), j'achète un collier et une laisse à ta taille pendant que tu fais l'asticot bondissant. Et... pendant un mois tu ne t'es pas calmé. Du tout.
- les débuts...
Tu as vite reconnu ton nom, Nal. Mais tout le reste de ton environnement paraissait perpétuellement nouveau et donc terriblement excitant. Tu sautais sur tout et tout le monde, le canapé, la poubelle, les lits, les chats de l'appart, tout le temps. Meme l'idée que mes paroles puissent t'être adressé te dépassait, quelque soit l'intonation. Un bruit comme un autre, voila tout. Sauf ton nom. Et une fois lâché, tu ne connaissais plus personne. Le renforcement positif, les récompenses, les caresses te passaient au dessus des oreilles, ou le "non"...Tu paraissais insensible à tout. Pas de panique, c'est le début. Je reste calme et persévère une semaine, puis deux. La 3ème commence à être dure car je ne remarque aucun changement. Je ne comprends pas que tu t'étonnes encore de passer devant ce buisson qui n'a jamais bougé depuis le premier jour, que tu ne respectes rien ni personne. Je ne reconnais rien dans ton attitude des comportements des chiens que j'ai rencontré avant . Ton agitation perpétuelle m'angoisse, j'ai peur que tu m'échappes, que tu te fasses mordre à cause de ta manie de foncer sur les autres chiens en guise de salut. Je voudrais que tu puisses courir et te défouler mais tu es si incontrôlable qu'il est très compliqué de te laisser sans laisse. D'ailleurs je chope une tendinite à l'épaule, tellement tu tires... Je cours à coté de toi, sur une trottinette, un skate, à vélo... Je sors tard le soir dans la garrigue pour pouvoir te libérer de ta laisse. Ca ne te calme pas plus que le reste et je frôle de belles gamelles. En plus tu n'acceptes de jouer que dans l'appartement. Dehors, rien à faire, tu renifles tout, point barre. Je stresse de plus en plus. Et si j'avais fait une erreur? Et si je n'étais pas capable de m'occuper d'un chien en fait? Pourtant ça allait si bien avec ceux des autres... Et puis je gère des bestioles de 400kg, c'est pas une boule de poil qui n'en fait même pas 20 qui va avoir raison de moi? Pourtant jamais je n'aurais imaginer qu'il soit si dur d'en éduquer une ! Mais je me suis engagée, je t'ai adopté... Heureusement que des amis sont là, me soutiennent et me relaient un peu.
- rencontre avec tes anciens maitres
Nous voila un soir en promenade. Un homme en scooter s'arrête et m'interpelle. "Vous l'avez eu ou ce chien ?". Tu ne réagis pas à sa vue ni à sa voix, mais dès que tu sens son odeur tu lui fais une fête d'enfer. Un chien ne ment pas, c'est bien l'ancien maitre. Tu aurais fugué Nal, en mars cette année, à 8 mois et demi... "Ton maitre" veut te récupérer, il me prend presque la laisse des mains, me dit "donnez moi votre adresse, de toute façon je viendrais le chercher". Cela s'annonce bien... Dans ma tête, un bordel monstre. Toi, Nal, tu l'as reconnu, mais lui ne se rappelle même pas ton nom. Et puis tu n'avais pas été pucé... pas sérieux du tout ça. Mais tu m'en fais tellement baver, c'est peut-être l'occasion de nous séparer tout en te permettant de retrouver ta maison? Et tes anciens maîtres ont l'air de t'aimer... à leur place j'aurais été heureuse de récupérer mon chien. Méfiante tout de même, je me cache derrière le contrat d'adoption "je dois passer par la SPA, je suis obligée, on se tient au courant".
J'appelle le refuge, qui a besoin de temps pour chercher la déclaration de perte. Je suis dans le flou... Jusqu'à un appel de ta maitresse. Qui finit par me dire que tu vas être remplacé et que ton retour n'est plus désiré. Qu'elle veut juste te voir. Soit, nous y allons. Et elle m'en dit un peu plus sur toi. Croisé berger (malinois?), mais aussi husky par ta mère (pas pure race, vu ta morphologie, mais on sent bien le coté husky dans la quantité conséquente de sous-poil perdu en début d'été...). Tu as atterri dans cette famille à un mois à peine car ta mère ne te supportait plus, elle avait eu trop de chiots et cela l'énervait, me dit-on. A ton arrivée à la maison tu étais traité "comme un bébé", le "petit dernier de la famille". Je sens que tu n'as manqué ni d'amour ni de nourriture. Tu avais un grand jardin mais à ce que je devine tu n'étais pas promené à l'extérieur. Visiblement tu n'as recu aucune éducation, et ton ancienne maitresse confirme "il a du mal à obéir mais il comprend très bien". Tu fuguais régulièrement mais personne ne s'en inquiétait car tu restais dans l'impasse proche de la maison... jusqu'au jour où tu t'en es éloigné, et la fourrière t'a trouvé... Sans collier ni puce, le rapprochement n'a pas été fait avec la déclaration de perte de tes anciens maitres, et paf, SPA. Tu étais donc 1) sevré trop tôt et pas sociabilisé 2) pas éduqué ni sorti 3) croisé husky ... le tout en appartement... pour un premier chien ca s'apelle le jackpot ça non? J'aurais du m'en douter, avec un chien de SPA on ne sait pas sur quoi on tombe. Pourtant, chez les autres ca se passait bien. Et puis je comptais trop sur les conseils du personnel du refuge, sure qu'ils sauraient trouver un chien adapté pour moi...
- la crise
Le temps passe et rien ne change, sauf mes nerfs qui commencent à lâcher. Trop speed. Tu m'épuises. On n'est pas fait pour aller ensemble et t'es pas fait pour un appart. Et les centres d'éducation tous fermés pour l'été... En plus maintenant, quand je t'attrape par le collier tu fais mine de te retourner pour prendre ma main entre tes dents. Sans grogner, mais quand même. Je commence à avoir peur.
Un soir, je rentre, tu étais seul. L'appart est sans dessus dessous. En fait, rien de trop grave hormi un fil rongé (non branché). Poubelle étalée dans la pièce surtout, coussins partout par terre, ton tapis déchiqueté et cela donne une terrible impression de bordel. Et du chocolat bien noir sur le canapé, en partie mangé. Sur le moment, je ne tilt pas. Je suis furieuse de l'état de l'appart, mais il ne faut pas punir un chien après coup. Je ne dis rien, t'éloigne et ramasse. Mais toi, tu es pire que jamais. Hystérique, fou. Incapable de tenir assis 1 seconde. Je te sors, te trimballe, te fais courir, rien à faire. Je me couche épuisée vers 3h du matin, tu fouines encore dans l'appart. A 6h je suis debout, tu es étalé sur le lit de la pièce d'à coté en train de ronger un jouet et la couette en dessous. Réprimande, puis re ballade, toujours aussi speed. Je finis par débarquer chez l'amie qui m'accompagnait le jour de ton adoption, en larme, en rage, à bout. Je n'en veux plus de ce chien de me**e, je suis trop nulle, j'y arrive pas. Elle t'emmène avec ses chiens un après midi, puis revient. Avec d'autres, elle me remonte le moral, me donne des conseils... qui peuvent se résumer à "serres la vis". Ne laisser aucune initiative, l'obliger à rester couché à mes pieds, et si besoin une bonne claque... Force est de constater que tu es nettement plus calme. Tu ne parais ni craintif ni traumatisé. Juste plus calme. Et, ô miracle, tu fait presque sans souci les 3 ordres ce que je tentais de t'apprendre depuis un mois. Ma voix a pris un sens. Bon tu restes speed et hyper réactif. Mais il y a un sacré mieux déja. Après, je me suis demandée si ta crise d'hystérie de ce soir-là était due au chocolat. Après, je me suis souvenue que le cacao est toxique pour les chiens et que tu avais peut-être eu très chaud...
- Education à contre coeur
Je prend conscience d'un gros défaut de ma part : récompenser alors que l'action n'est pas parfaitement excécutée. Là, j'ai saisi, je peux m'améliorer. Mais la claque quand ça ne va pas... ça passe moins. Réprimander oui, je le faisais, mais taper... C'est pas comme ça que je voulais éduquer mon chien, moi! Je voulais qu'il m'obéisse par plaisir, par attachement. Pas par contrainte. Sauf que ce que je voulais ne marche pas, et ce que je ne veux pas marche. La claque marche. Pas toute seule biensur, il faut rester cohérent. Et une seule claque hein, pas une rouée de coups. Je tente d'utiliser une chaussure et non ma main pour que tu n'associes pas main et punition. Une chance, nous sommes en été. La tongue s'enlève vite, c'est pratique. En hiver j'aurais été ennuyée! Ce qui marche bien aussi quand tu es trop excité, c'est de t'attraper par le cou et de te plaquer au sol le temps que tu te calmes. Comme si tu avais besoin d'apprendre à faire le lien entre le "non" et le fait qu'il t'arrive quelque chose de désagréable. Comme si il fallait que tu testes ma force, ou que je fasse ce que ta mère n'a pas pu faire pour t'éduquer peut-être? Je lis des choses aussi, ce forum entre autre... Je n'ose pas poster mon problème, je me dis que je vais me faire huer... "encore quelqu'un qui a adopté sans réfléchir" "encore un abruti qui pense qu'en tapant son chien il résoudra tout"... je lis que je fais ce qu'il ne faut pas... Mais je n'ai que ça...
Je me sentais bien nulle de ne pas avoir prévu tous les ennuis que tu allais m'apporter , je me sens maintenant, en plus, bien nulle de ne pouvoir t'éduquer que comme ça, Nal. J'oscille entre le "j'y arriverais, mais je file dans un club d'éducation dès la rentrée" et le "je dois le donner, je ne suis pas capable de gérer ce chien". Je finis par pencher vers le "je dois le donner". Une seule chose de sure Nal, je ne te ramène pas à la SPA. Jamais. Je prendrais le temps qu'il faudra mais tu auras un bon maitre. Meilleur que moi.
Je passe sur l'état de ma relation avec ma minette adorée, qui ne supporte pas le chien, reste recluse dans ma chambre et urine sur mon lit ou mes affaires tous les jours depuis le milieu de l'été. Ca, c'est en bonus.
L'été s'achève, nous sommes partis en vacances, je t'ai trimballé partout et tu n'as pas fugué (une escapade pour courir après les vaches, mais nous dirons que c'est une erreur de jeunesse). Le collier semi-étrangleur a aidé, tu ne peux pas l'enlever celui-là au moins. Je découvre une de tes qualités : en voiture, tu es un amour. Du moment que tu as ton panier, tu te cales dedans et tu dors. C'est déja ça.
- FiNalement...
La rentrée arrive... hormi quelques poubelles vidées quand la porte de la cuisine reste ouverte, tu attends sagement dans l'appartement. Les voisins sont étonnés de nous croiser dans l'escalier, ils ne soupçonnaient même pas ta présence. Au moins un truc que je n'ai pas raté, c'est t'habituer à rester seul. Je t'ai trouvé un nouveau maitre, mais il ne pourra t'adopter que quand il aura déménagé. Il m'a aidée à t'éduquer, vous vous connaissez bien et vous voyez souvent, il est plus zen que moi, a déja eu plusieurs chiens. Il sera bien pour toi. Et il récupèrera un chien presque bien éduqué finalement... Tu marches maintenant en laisse quasiment sans tirer, t'assieds sans souci, te couches (plus dur ça), reviens quand on t'appelle (enfin si il n'y a pas d'autre animal en vue tout de même), ne saute plus sur les invités, respecte les zones interdites de la maison (chambres...). Tu es toujours aussi brutal pour entrer en contact avec un autre chien, et ça n'est même pas la peine d'essayer de te promener en ville sans laisse, mais tu n'es déja plus le même qu'en juin. Du coup tu ne t'en prends presque plus, de ces fameuses claques controversées. Cela fait un moment que je ne t'ai pas couché de force non plus. Ça n'est plus la peine.
- la sortie des poubelles !
Et, il y a quelques jours... je t'emmène descendre les poubelles avec moi. Une grande histoire d'amour, les poubelles et toi. Quand tu vois passer un camion poubelle, on dirait un humain qui voit passer le nirvana sous son nez. Je compte donc sur ton attrait des poubelles pour te maintenir près de moi. Sans laisse, je prend le risque, je veux progresser. "Au pied". Tu me regardes et te place, épaule contre mon genou droit. Bien. Je crois noter un léger balancement de la queue. Bah, tu dois penser que nous allons sortir... Tu seras moins content quand nous remonterons. Nous allons dehors jusqu'à la poubelle, j'élève une fois la voix légèrement pour te rappeler, car tu t'éloignes, et tu reviens. Caresses. Nous rentrons dans l'immeuble et tu es toujours au pied. Caresses... A nouveau ce léger balancement de queue. Et tu me regardes. D'habitude, dehors, tu regardes la poussière par terre, un reflet dans la vitre, les gens dans la rue, le coin du mur. Moi, jamais. Là, tu me regardes et tu balances ta queue de gauche à droite, un peu. Tu as l'air content d'être là avec moi. Tu as l'air content d'être "au pied"... de m'écouter? C'est la première fois. C'est sur que la route que nous avons prise ensemble n'était pas la meilleur. Mais peut-etre qu'elle a mené quelque part malgré tout...
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