Le cauchemard de Deux-Billes
Nous sommes tranquillement allé faire pipi et caca (enfin, moi, je veux dire...).
Elle ressemblait à une Babouchka (enveloppée jusqu'aux oreilles dans une multitude de châles et d'écharpes, histoire d’appréhender le vent, qui fut très violent).
Tandis que ce dernier s’acharnait à nous arracher la tête, je me suis poliment et discrètement déchargé de « mes soucis » pour lui permettre de rentrer au chaud très vite.
Ensuite, Madame a regagné la salle de bains, où elle a passé un temps certain (au moins 1 heure, je vous raconte pas…).
Pendant ce laps de temps plus ou moins long, je me suis vautré dans mon panier, dont j'ai refait la décoration : cette petite idiote s'obstine à m'installer un vieux nounours sur le côté gauche - dont le ventre est troué - et dont je ne veux pas....
Donc, le vieux nounours éventré a rageusement fini sur le tapis du salon.
Ensuite, je me suis doucement endormi, mon hérisson en plastique dans les papattes.
Au milieu de la nuit, j’ai entendu un cri atroce : je suis pourtant sourd, mais si je l’ai entendu, c’est qu’il a existé !!!
J’ai cru vaguement reconnaître la voix étranglée de ma Deux-Billes.
Alors, je me suis d’abord étiré (hé, oui, je ne suis plus de toute jeunesse…) puis ai rassemblé mes os, mes muscles et ma splendide queue de renard pour glisser rapidement sur le parquet fraîchement verni jusqu’à sa couche, devant laquelle je me suis maladroitement étalé, en vue de lui porter mon aide….
Au passage, je me suis cassé la babine sur son meuble noir – qu’elle a disposé de façon très peu intelligente à l’angle où, précisément, j’amorce mon virage – mais peu importe…
Très doucement, avec ma nouvelle bosse qui a pointé le bout de son nez sur ma babine gauche, je me suis approché de sa couche.
Elle gisait. Non. Elle était assise toute droite sur son oreiller et marmonnait quelque chose que je n’ai pas bien compris.
Je me suis fortement concentré, ai rassemblé tous mes neurones et, calmement, j’ai posé mes vieilles papattes usées par le temps – mais toujours aussi jolies- sur elle, histoire de la calmer.
Au passage, je me suis permis de lui lécher le poignet droit (elle adore ça).
J’ai cru comprendre qu’elle avait fait un cauchemard… Cela m’arrive aussi, de temps en temps, c’est pas pour autant que je réveille toute la maisonnée….
J’ai tendu mes noneilles pour entendre son histoire, ce qui n’a servi à rien, puisque je suis sourd : bon sang, est-ce qu’elle va le comprendre, un jour ??!
En étreignant ma papatte droite – plus précisément, le dernier norteil, celui dont on a toujours pas pris la peine de tailler l’ongle et qui me fait souffrir lorsque je marche – Deux-Billes m’a raconté son cauchemard.
J’ai fait semblant de tout comprendre, en hochant de la tête et en prenant un air intelligent.
Je me suis étendu à ses côtés quelques instants, histoire de calmer son âme…. Et puis, j’ai eu trop chaud. Alors, je suis bravement retourné dans mon panier.
A peine installé dans mes peaux de moutons, j’ai encore perçu un léger cri.
Et j’ai grondé sourdement : ça suffit maintenant, Deux-Billes, j’aimerais bien passer une nuit entière sans être dérangé…..
Le Buck
----------------
Dans l'écriture, la main parle; et dans la lecture, les yeux entendent les paroles.