Le Buck
Les Deux Léonbergs
On a décidé d’aller mener-mener dans notre petite forêt préférée.
Moi, devant, aussi joueur qu’un jeune labrador trépignant les feuilles mortes et elle, loin derrière, traînant le pas.
Au passage, j’ai pris soin de marquer mon territoire, en l’ abreuvant de ma royale urine.
Dans ma folle course, j’ai pris un virage un peu serré et suis tombé nez avec eux : les deux Léonbergs.
Ils étaient noblement assis sur leur train arrière et m’ont tous les deux jeté le même sourire inéluctable, dans lequel j’ai lu ceci : « toi et tes vieux chicots jaunes, t’as aucune chance…. ».
J’ai fièrement redressé la tête et ai battu en retraite, pour me réfugier courageusement derrière les frêles genoux de ma Deux-Billes (laquelle continuait de patauger avec difficulté dans les feuilles mortes…).
Quelque peu surprise par mon comportement, elle a consenti à ouvrir une paupière. Et les a vus.
Alors, je les ai vus partir, elle, ses cheveux et son manteau, dans le vent, atttaquer mes deux Léonbergs.
J’ai juste entendu : « Vous n’aurez jamais mon Loulou !!! ».
Puis, plus rien.
Sauf qu’au bout de quelques instants, depuis le buisson derrière lequel je m’étais caché, j’ai vu passer une mèche de cheveux de la Deux-Billes, qui flottait agréablement de branche en branche, selon le bon vouloir du vent, suivie de près par un pan de son manteau.
Tandis que me parvenaient, de l’autre côté du bois, de sourds gémissements provenant manifestement de Léonbergs légèrement blessés…
Le lendemain, nous sommes allés enterrer son manteau (enfin, ce qu’il en reste, juste le col, lequel est resté indemne).
Elle portait un foulard (pour pas que les passants s’aperçoivent qu’elle avait perdu une touffe de cheveux, dans la bagarre), des lunettes noires (pour pas montrer qu’on a désormais deux yeux au beurre noir) et des gants (pour pas que ses amis pensent qu’elle ne s’occupe plus de sa manucure).
Quant à moi, je suis resté tranquillement assis, toujours aussi magnifique. Mon pelage brillait au soleil de cette fin d’automne. J’ai juste un tantinet bougé mon cucul pour que les promeneurs puissent davantage en apprécier la couleur, dans le soleil couchant….
Le grand et magnifique Buck
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Dans l'écriture, la main parle; et dans la lecture, les yeux entendent les paroles.